Comment construire une maison Passive?

Comment construire une maison passive?

Cela fait 10 mois que je suis l’heureux propriétaire d’une maison passive. Une maison quoi? Passive? C’est quoi ça? Ah! Une maison sans chauffage? Euh… presque!

Maison passive, kézako?

Une maison passive est une maison où chaque détail compte, une maison qui est tellement isolée et tellement bien construite  qu’il ne faut quasiment pas apporter d’énergie pour la chauffer (d’où l’idée de maison « sans chauffage »).

D’un point de vue technique la définition serait:

  1. Besoin en énergie de chauffage inférieur à 15 kWh/m²/an
  2. Étanchéité à l’air (test de la porte dite blower door) n50 < 0,6 h-1
  3. Consommation d’énergie primaire inférieure à 120 kWh/m²/an. Le besoin en énergie finale ne doit pas dépasser 50 kWh/m²/an
  4. Une fréquence de surchauffe intérieure (> à 25°C) inférieure à 10 % des heures de l’année.

Si on fait un bref historique, l’idée d’utiliser le soleil et des murs épais remontent à l’Antiquité. Dans les années 70, les pays « froids » Allemagne, Suède ou Danemark ont contribué à l’élaboration de ce concept. Un 1er label a été créé en 1988 par Wolfgang Feist (Allemand) et par Bo Adamson (Suédois) tous deux professeurs. Puis un groupe de travail a été créé en 1996 pour développer techniquement et économiquement le concept en planifiant la production de matériaux, labels ou certification pour les fenêtres, ainsi que pour des systèmes de ventilation à hautes performances.

Il existe plusieurs labels Minergie (origine Suisse), Effinergie (origine France mais pour les maisons BBC) mais le label le plus connu et le plus réputé est Passiv Hause (origine Allemagne).

La maison passive est dite « écologique » car elle est très peu gourmande en énergie et donc potentiellement en gaz à effet de serre. Pour autant, il faut la distinguer de la maison HQE (Haute Qualité Environnementale). En effet, pour les maisons HQE on regarde « l’environnement, le confort et la santé » au sens large. Les matériaux ou l’énergie ne sont que 2 des 14 thèmes étudiés. Les exigences thermiques sont assez loin de celles de la passivité. Au contraire, la maison passive, elle, mise tout sur l’aspect thermique et ne se préoccupe pas des matériaux de construction. Autrement dit, vous pouvez faire une maison passive en béton (lors de son élaboration, le béton est très mauvais en terme de rejet de CO2) et utiliser à fond du polyuréthane (produit plastique issu du pétrole, rien que le nom donne envie! #ironie) pour faire votre isolation! Bon, après, on a le droit d’être cohérent aussi! Si on construit une maison passive, c’est que l’on s’intéresse un tant soit peu à l’environnement et donc logiquement, on essaye de limiter les produits polluants.

La conception d’un habitat passif (et/ou bioclimatique) se base sur six grands principes :

  1. L’isolation thermique renforcée, fenêtres de grande qualité
  2. La suppression des ponts thermiques
  3. L’étanchéité à l’air excellente
  4. La ventilation double flux (avec récupération de chaleur)
  5. La captation optimale mais passive de l’énergie solaire et des calories du sol
  6. La limitation des consommations des appareils ménagers

On va les passer en revue mais avant je vous propose un petit aperçu de l’énergie en France.

Consommation d’énergie en France

Rendez-vous compte! Ce sont les bâtiments qui consomment le plus d’énergie en France! Mais comment est répartie cette consommation au sein de la maison?

Il n’y a pas comme un gros truc rouge qui saute aux yeux là? La plupart de notre énergie sert à nous chauffer.

Mais en quoi est-ce important? Alors des idées au hasard:

  • La précarité énergétique: il est d’usage de comptabiliser les ménages qui consacrent plus de 10 % de leurs revenus aux dépenses d’énergie dans le logement : ils sont 3,8 millions, soit 14 % des ménages au niveau national.  Si l’on prend en compte les différents indicateurs étudiés par l’Observatoire national de la précarité énergétique, ce sont 5,1 millions de ménages (12 millions d’individus) qui sont en situation de précarité énergétique. Encore des chiffres: 87 % des ménages en situation de précarité énergétique sont dans le parc privé; 70 % d’entre eux appartiennent au premier quartile de niveau de vie, soit les 25 % de ménages les plus modestes; 62 % sont propriétaires-occupants; 55 % ont plus de 60 ans; 65 % vivent en ville, 35 % en zones rurales; plus d’un million des propriétaires résident en maisons individuelles.
  • Le réchauffement climatique: vous savez ce truc avec lequel on nous bassine à tour de bras et qui est dû aux gaz à effet de serre (GES). Malgré les doutes émis par la poignée de climato-sceptiques, ce phénomène fait consensus auprès de la communauté scientifique. S’il existe naturellement et qu’il permet la Vie sur Terre, l’accentuation du réchauffement par l’Homme depuis le début de l’ère industrielle, va provoquer un dérèglement climatique. Pour ceux qui pensent que les cocotiers vont pousser à Paris, ils se mettent le doigt dans l’œil! C’est plutôt l’augmentation des fréquences et de l’intensification des phénomènes exceptionnels (tempêtes, sécheresses, inondations…)
  • La pollution de l’air, du sol… : le nucléaire est certes très bien placé pour la question du rejet de CO2, mais que dire des déchets que l’on souhaite enterrer? On peut également parler de la combustion de nos déchets ménagers et du rejet des particules.
  • La dépendance énergétique: les énergies que l’on utilise principalement comme l’uranium, le pétrole, le gaz ne viennent pas de France. On dépend donc d’autres pays qui n’ont pas toujours la même vision de l’Humanité que nous. Comment leur faire comprendre qu’ils doivent arrêter d’envahir un pays lorsqu’ils nous fournissent en gaz pour des millions de Français? Hum!?
  • Pour les derniers qui sont encore sceptiques, je garde ma dernière cartouche: votre porte-monnaie. J’ai pris une petite photo pour vous, ce matin, sur mon Eco-compteur:

Oui oui! C’est ce que m’a coûté mon chauffage en 10 mois (d’Avril 2016 à Février 2017 inclus).

Bref, je pense que vous avez compris la nécessité de passer à ce type de construction. Il est temps d’en expliquer en profondeur les principes (voir plus haut). Vous allez vite vous rendre compte que pour que la maison soit passive il va falloir regarder les pertes de chaleur et les apports naturels de chaleur.

Lutter contre les pertes de chaleur

La compacité

Pour commencer, on va travailler sur la compacité. Vous avez déjà vu un chat en boule ou des manchots qui se regroupent pour former un bloc?

 

 

 

 

 

Ce n’est pas pour rien! C’est un moyen de conserver la chaleur. Comment? En diminuant la surface du corps en contact avec le froid tout en conservant le même volume. Si on transpose cela à la maison passive:

A votre avis, lequel des 2 bâtiments est le plus adapté pour la passivité? Évidemment le 1er car dans le 2è cas, on créé beaucoup plus de surfaces en contact avec l’air froid extérieur (augmentation de 19% de la surface déperditive dans le 2è exemple).

Attention tout de même! Le 2ème bâtiment peut être passif. Il ne faut pas s’interdire l’originalité. En revanche, il faudra plus l’isoler, il faudra faire plus attention aux ponts thermiques… donc ça sera plus cher. De la même façon, construire un plein pied n’est pas forcément recommandé.
C’est pour cela que beaucoup de maisons passives sont cubiques (c’est moins onéreux). Il est possible de travailler avec un architecte qui saura vous proposer un design adapté à vos goûts. Néanmoins, assurez-vous bien qu’il est compétent et qu’il connait le passif. Conseil: appelez l’Ordre des Architectes pour connaître ses références et ne vous fiez pas aux seules adresses que l’architecte vous recommandera pour vous mettre en confiance.

L’isolation des parois: murs, toits et dalle

Plus on isole, moins on va perdre de chaleur. Cela semble logique. Chez moi, on va trouver en extérieur 4 cm de fibre de bois puis 26 cm de ouate de cellulose (papier journal broyé) et 10 cm de laine de bois à l’intérieur.

La Laine de bois

 

La ouate de cellulose

 

Insufflation de la ouate dans les caissons en bois
Fibre de bois

Il faut bien faire attention à isoler toutes les parois. Autrement dit, vous vous doutez bien, le toit est isolé comme dans toute maison. Ici, c’est fait avec de la ouate de cellulose. En revanche, il ne faut pas oublier le sol. Pas de vide sanitaire ici, la dalle est à même le sol pour récupérer les calories du sol. Ensuite on trouve 20 cm de polystyrène sous la dalle:

On peut voir que non seulement les plaques recouvrent le sol mais aussi les côtés des fondations.

Il existe d’autres formes d’isolant:

  • polyuréthane très efficace mais polluant
  • laine de roche
  • laine de verre
  • laine de mouton
  • paille

Il faut regarder à la fois leur impact environnemental, le coût et surtout leur pouvoir isolant. Sans rentrer dans les détails techniques, chaque isolant possède un Lambda (conductivité thermique) qui permet de calculer le coefficient d’isolation (résistance thermique R). Plus le Lambda est grand, plus le coefficient d’isolation est faible donc plus l’épaisseur de cet isolant devra être élevée:

Pour ceux qui aiment les calculs: Calculer la valeur U d’une seule couche isolante et sa résistance thermique R

L’isolation par les fenêtres

Maintenant que l’on a bien isolé les murs, le sol et le toit, il faut mettre des fenêtres performantes même très performantes. C’est, par conséquent, un budget élevé. Cela sera forcément du triple vitrage sur toutes les faces (peut-être que dans les régions Sud, pour les fenêtres exposées Sud, on pourra opter pour du double).

Un moyen simple de reconnaitre du triple vitrage. Mettez une flamme devant la vitre et vous verrez 3 reflets (fonctionne de jour aussi)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous voyez avec le graphique que, même si vos fenêtres passives sont 2 fois plus isolantes que des fenêtres classiques, elles restent tout de même 8 fois moins performantes qu’un mur isolé. Cela aura un impact plus tard sur le positionnement des fenêtres sur le bâtiment.  Les ouvertures devront se trouver plus facilement au Sud qu’au Nord (où il fera plus froid).

Attention! Lorsque l’on parle de fenêtre triple vitrage performante, il ne s’agit pas de mettre juste une 3è vitre. Presque n’importe quel constructeur pourra le faire. Non! Il faut également que les montants, qui sont les points faibles des fenêtres, soient isolés (avec du liège, de la laine, du polystyrène…). Il faut vérifier également que les réglettes entre les vitres ne soient pas en aluminium (qui conduit très facilement la chaleur).

Généralement les constructeurs de fenêtres « passives » les proposent en bois que vous pouvez capoter en aluminium pour l’extérieur.

Traiter les ponts thermiques

Qu’est-ce qu’un pont thermique? Il s’agit d’un endroit où la chaleur va passer (s’échapper, pouvons-nous même dire, dans le cas d’une maison passive). Un bon schéma vaut mieux qu’un long discours:

Vous pouvez voir que le pont thermique de cette réalisation n’a pas été traité. Il aurait fallu, par exemple isoler par l’extérieur pour qu’il n’y ait plus de pont thermique.

L’étanchéité à l’air

Si vous mettez un gros pull en laine par grand vent, avez-vous chaud? Non, car le vent s’engouffre à travers les mailles. Avoir une maison bien isolée c’est bien mais cela ne sert à rien si on a des entrées d’air parasites qui vont refroidir le bâtiment. Il faut donc traquer les moindres fuites d’air et les traiter à l’aide d’un scotch spécial, d’une pâte spéciale et d’un pare-vapeur qui laisse passer la vapeur d’eau mais pas l’air. C’est l’une des parties délicates de la construction passive car si la maison n’est pas assez étanche, elle ne tiendra pas les normes exigées. Pour vous donner un ordre d’idée, j’ai mis 600m de scotch dans ma maison de 200m²:

La jonction entre la dalle et les murs est recouverte d’un pare-vapeur étanche qui est collé avec une pâte spéciale: ici la marque Detal Tixx. Nous avons ensuite, par précaution, rajouté un scotch entre le pare-vapeur et la dalle (on a commencé sur la photo) La paroi est faite avec un bois qui est étanche mais entre 2 parois assemblées, il faut mettre un scotch. Au niveau de la fenêtre vous pouvez voir également un scotch.
Dans notre cas, les murs venaient déjà avec des panneaux scotchés (ici en vert). Mais avec le transport, des accros pouvaient être présents. Il a fallu parfois rajouter des bandes pour éviter d’éventuelles fuites. Les gros carrés correspondent aux trous d’insufflation de la ouate qu’il faut reboucher pour refaire l’étanchéité
Le pare-vapeur se positionne surtout au niveau du toit. L’étanchéité doit être faite aussi entre les bandes de pare-vapeur. Les poutres sont particulièrement compliquées à rendre étanche de par leur forme.

 

2 exemples de points critiques: 1) Si on tend trop le scotch, il va se décoller par endroits. Il faudrait alors remettre une « rustine » pour éviter les fuites d’air.
2) Des petits accros dans le pare-vapeur. Impardonnable au test d’étanchéité.
Un exemple de ce que peuvent donner les « rustines ». Des petits bouts de scotch ont ainsi été rajoutés pendant 15 jours pour être sûr de ne rien louper.
Il faut penser à rendre étanche les gaines qui arrivent dans la maison (électricité et eau). On a même rajouté de la laine de bois dans les gaines sur 20 cm.
Un test à mi-chemin de la construction (au clos couvert) est réalisé pour voir si on est dans la norme. Tout ce qui n’est pas encore fermé est calfeutré dans la maison (tuyaux d’évacuation par exemple). Cette bâche hermétique possède un ventilateur. On met en surpression la maison et on regarde comment tourne le ventilateur. On met des gabarits devant pour voir si l’hélice tourne. Le but étant d’arriver au plus petit gabarit.
Une fois le test fait, on part à la recherche de fuites grâce à des crayons fumigènes comme sur la photo. Ici, le seul point de fuite de la maison trouvé. Il y avait un coup de scie circulaire dans la paroi (le trait juste au-dessus du crayon). Si vous regardez bien, la fumée part vers la droite. Une grossière erreur qui a été réparée dans l’instant par un morceau de scotch.

Voilà de nombreux exemples qui vous montrent la minutie du travail réalisé pour obtenir la passivité. Si vous avez besoin que j’enfonce le clou (ben oui c’est une maison en bois), on prend souvent cet exemple:
Dans une maison classique, si on additionne toutes les petites fuites d’air qui ont été laissées lors de la construction, c’est comme si vous creusiez un trou de 40×40 cm dans votre mur. Un trou qui resterait en permanence et par lequel la chaleur s’échapperait. Chez moi, après le test d’étanchéité, c’est moins d’une pièce d’1€. Sortez une pièce et regardez bien! C’est l’ensemble des fuites de la maison.

Bon, c’est bien ça! J’ai rendu la maison hermétique. Mais comment je fais pour respirer?

La ventilation double flux

La ventilation est indispensable pour respirer et assurer la qualité de l’air intérieur. Les personnes ne le savent pas forcément mais souvent l’air intérieur est plus pollué que l’air extérieur à cause de nos appareils électroniques, nos meubles qui possèdent de la colle, les peintures… Pour avoir un air sain, l’air d’une maison est intégralement renouvelé au moins toutes les 3 heures. Mais renouveler l’air, cela signifie faire rentrer de l’air froid dans la maison.

Dans le cas d’une ventilation simple flux, vous avez une ventilation qui extrait l’air intérieur, riche en CO2, pour le mettre à l’extérieur. Pour renouveler l’air, vous possédez des réglettes au niveau des fenêtres. En gros, un trou dans vos fenêtres. Donc lorsqu’il fait -5°C dehors, c’est de l’air à -5°C qui rentre. Il faut donc chauffer énormément pour réchauffer l’air.

Dans le cas d’une ventilation double flux à haut rendement, la VMC (Ventilation Mécanique Contrôlée) va faire rentrer l’air froid et faire sortir l’air chaud. Ces 2 airs vont se croiser dans un échangeur (une sorte de grosse caisse) dans lequel, les calories de l’air chaud vont passer dans l’air froid. C’est ainsi que 90% de la chaleur, pour les meilleures VMC, vont être récupérés. Autrement dit, s’il fait 0°C à l’extérieur et 20°C à l’intérieur, l’air froid va être réchauffé jusqu’à 18°C avant de rentrer dans la maison!!! Vous n’aurez donc besoin d’apporter de l’énergie que pour passer de 18°C à 20°C. D’où l’idée qu’il faut tout de même un chauffage. Mon système consiste à avoir 2 batteries (grilles métalliques qui chauffent comme les résistances d’un grille-pain) de chauffe de 1000W à la sortie de la VMC. Cela permet de maintenir la température à 20°C.

Il faut voir aussi que la VMC double flux ne se trouve pas n’importe où. D’ailleurs pour les maisons passives, les modèles se trouvent en Allemagne et ont la taille d’un frigo:

Vous avez un aspirateur et un tabouret à côté pour voir l’échelle. Vous remarquerez que 2 tuyaux sur les 4 doivent être isolés pour éviter de refroidir la maison. Ces 2 tuyaux doivent donc être les plus courts possibles.

 

Pour vous donner un moyen de comparaison, généralement, on met des chauffages de 2000 à 2500W par pièce dans une maison classique. J’ai 2000W pour 200m²! Pour assurer le coup, j’ai installé 2 radiateurs électriques d’appoint de 1000W en cas de grand froid prolongé. Autre chiffre fascinant, lorsqu’il fait des belles journées ensoleillées par -5°C, on atteint les 24°C dans la maison sans chauffage (la consigne étant à 20°C, les batteries s’arrêtent)

Justement parlons chaleur. Maintenant que l’on a évité d’en perdre, il faut en apporter.

Augmenter les apports de chaleur « gratuite »

Les apports internes

Vu qu’il n’y a presque plus de fuites, toute source de chaleur est bonne pour la maison:

  • vous écrivez un article pour Terre et Avenir, l’ordinateur chauffe la maison ainsi que l’écran.
  • Une personne dégage 100W de chaleur. Vous invitez des copains, la famille, vous êtes 10 et cela correspond à un chauffage de 1000W.
  • Vous faites la cuisine ou vous voulez manger une raclette (un appareil à raclette, c’est autour de 1000W)
  • Zouille chauffe la maison aussi! C’est bien mon chat!

Le Soleil

Zouille a tout compris, le Soleil chauffe et même bien (voir ci-dessus les 24°C atteints en plein hiver). Il faut donc réfléchir à l’orientation de la maison.

D’après le graphique, vous voyez qu’être à 180 degrés (face au Soleil donc plein Sud) permet d’avoir le plus d’apports solaires. Vous pouvez évidemment orienter votre maison autrement mais elle coûtera plus cher en isolants par exemple.

Sur le schéma, on peut voir la balance entre les apports et les déperditions liées au vitrage. On l’a dit tout à l’heure, même si la vitre est très bonne, elle reste le point faible de la maison. On constate donc que les fenêtres au Nord causent plus de pertes de chaleur que d’apports, contrairement au Sud. Il est bon de savoir aussi que les fenêtres à l’Est et à l’Ouest ont un bilan nul. Comment cela se traduit à la construction?
Il faudra mettre l’essentiel des fenêtres au Sud et limiter un maximum les fenêtres au Nord. Pour les fenêtres Est-Ouest, il ne faudra pas en abuser car les apports en début et en fin de journée apportent beaucoup de chaleur en été (attention à la surchauffe).

Bilan de la balance « pertes-apports »

Une fois tous ces calculs faits, on doit arriver à l’équilibre.

Il n’y a pas que le chauffage dans la vie

Autres postes de consommation

Les choses ne s’arrêtent pas là. Maintenant que nous avons réduit les dépenses de chauffage, on peut s’intéresser aux autres postes de consommation d’énergie:

Vous voyez le poste chauffage passe de 70% à 10% des dépenses énergétiques. Du coup, c’est à présent la production d’eau chaude qui devient prépondérante. Jusqu’à 2 fois plus que le chauffage. On va donc bannir le chauffe-eau électrique, et mettre au minimum un chauffe-eau thermodynamique. De toute façon, la RT2012 impose « une énergie renouvelable » sur les maisons individuelles ou « une alternative ». Le chauffe eau thermodynamique est une des alternatives possibles.
Je rappelle que le chauffe-eau thermodynamique contient une pompe à chaleur qui récupère les calories de l’air (extérieur si possible pour ne pas refroidir la maison) pour chauffer l’eau.
On peut également imaginer mettre un chauffe-eau solaire si votre budget vous le permet.

Attention tout de même à une chose: le chauffe-eau n’est pas prévu pour les maisons passives. Il faut donc faire aussi une isolation en air et thermique:

J’ai ajouté du du Delta Tixx et du scotch sur les tuyaux d’évacuation au niveau du mur et au niveau du chauffe-eau.
Puis les tuyaux ont été isolés.

En même temps, on pourra également faire attention à l’éclairage. Passer en full led est la meilleure des solutions. Plus onéreuse à l’achat, elle est la plus économique (attention de prendre des leds de couleur jaune pour éviter les rayons bleus). Ce qui est sûr c’est qu’il faut bannir les halogènes.

Éviter la surchauffe

On a tout fait pour que la maison chauffe. C’est bien… mais l’été? Euh… Il faut se protéger du soleil. Eh oui! Et il existe plusieurs alternatives.

  1. Les casquettes (ou brise soleil): c’est la solution que vous voyez au rez-de-chaussée de la maison du schéma. Elle fonctionne de la même façon que la casquette que vous avez sur votre tête. Elle crée de l’ombre sur le vitrage ce qui empêche les rayons de rentrer. L’hiver, le Soleil est bas, les rayons passent donc sous la casquette et réchauffent la maison. L’été, le Soleil étant plus haut, les rayons tapent dans les casquettes et ne rentrent donc pas dans la maison. C’est souvent un système plus cher mais plus pratique car totalement autonome.
  2. Les volets, brise-vue, persiennes: vous devez les fermer lorsque la température monte dans la maison. Ces systèmes sont plus économiques mais demandent à surveiller la météo (sauf si vous couplez cela avec de la domotique). Si jamais vous n’avez pas pensé à les baisser en été lors des jours de chaleur, vous pouvez revenir chez vous avec 30°-35°C dans la maison le soir. Ouf! Rassurez-vous, il suffirait d’aérer pour faire baisser rapidement la température.
Exemple de casquettes en bois. La casquette est faite avec des lattes de bois afin de laisser passer la pluie et la neige pour éviter le surpoids. Les lattes sont orientées de telle manière à avoir le bon angle pour créer un maximum d’ombre l’été.

Les idées reçues

On ne peut pas ouvrir les fenêtres: FAUX! Vous faites comme vous voulez. Celui qui aime vivre avec ses fenêtres ouvertes, peut le faire. D’ailleurs, cet été, lors de la canicule, la maison montait à 28°C. Le soir, je créais un courant d’air et une heure après la maison tombait à 24°C.
Cependant l’hiver, grâce à la VMC, vous n’êtes pas obligé d’ouvrir vos fenêtres pour aérer. En effet, elle possède un mode « boost » que l’on enclenche le matin durant 30min. Elle renouvelle tout l’air de la maison en un rien de temps. Ainsi, pas besoin d’ouvrir les fenêtres et de perdre de la chaleur.

Il n’y a pas de pièces chaudes ou froides: VRAI! La 1ère chose que vous dira un habitant de maison passive, c’est le confort de vie: un air sain et une température maîtrisée. Les pièces ont, globalement, la même température. Cela est surprenant, surtout si vous avez l’habitude d’avoir votre chambre à 17°C. Elle sera plus proche de 20°C sauf si vous voulez dormir la fenêtre ouverte l’hiver. Vous pourrez marcher pieds nus sur la dalle ou lire adossé à votre baie vitrée sans problème.

On ne peut pas planter un clou: FAUX! A condition de faire attention à la conception. Il ne faut surtout pas percer ce qui fait l’étanchéité (paroi, scotch, pare-vapeur). Chez moi, il se trouve à plus de 10cm de la surface des murs. Je peux donc planter tous les clous que je veux.

Cela coûte très cher: PAS VRAIMENT! Il faut retenir que les maisons passives tournent autour de 2000€/m² mais cela dépend de tellement de facteurs (éloignement par rapport à la route, zone sismique…) que chaque projet est unique. Celui qui veut un cube payera moins que celui qui veut un plain-pied. Cela dépendra aussi des matériaux utilisés. Vous allez voir beaucoup de chiffres (7%, 15%, 20% de surcoût) sur le net. Je suis incapable de dire le surcoût de ma maison. Il aurait fallu construire une maison RT2012 identique à la mienne pour comparer. Désolé mais je n’ai pas fait le test! Néanmoins une étude a été menée en Belgique par maisonpassive.be entre le 6 mai et le 30 juin 2014, au travers d’une enquête diffusée largement par mail via leur newsletter et celles de nombreux partenaires (Cap2020, Cluster Eco-Construction, Ecobâtisseurs, Ecoconso, et le Service Public de Wallonie). Il en ressort un chiffre: 9%

Je ne peux pas mettre de cheminée: PAS VRAIMENT! Les foyers ouverts, vous pouvez oublier puisque vous créez un trou énorme dans votre maison. Néanmoins, il existe des foyers fermés étanches. A savoir que si vous souhaitez un poêle à granulés, vous pourrez en avoir un mais sous certaines conditions.

Il n’y a pas de chauffage: FAUX! Je crois vous avoir démontré qu’il fallait du chauffage mais que cela va être dérisoire.

La maison passive fonctionne toute seule: FAUX! Les maisons sont devenues très technologiques. La VMC est un outil de précision qu’il faut choyer. Il vous faudra donc nettoyer les filtres une fois par mois, l’échangeur de la VMC une fois par an et les gaines de la VMC une fois tous les 5 ans. Si vous avez choisi une protection manuelle contre la surchauffe, il faut rester vigilant pour fermer les stores extérieurs ou les persiennes…

Pour aller plus loin

Je tiens à remercier chaleureusement Timothée Marais de Géonomia qui s’est occupé de la maison et qui m’a prêté ses documents pour faire cet article. N’hésitez pas à aller voir sa page et à le contacter pour des conseils.

La maison pris en exemple a été construite par Bois & Home.

Il existe les portes ouvertes des maisons passives qui se déroulent généralement le 1er week-end de Novembre. L’opération est organisée par La Maison Passive. N’hésitez pas à surveiller les adresses près de chez vous. Il est parfois possible de visiter une maison même en dehors de ces dates.

Il est possible de faire certifier votre maison « Passiv Hause ». Cela ne sert à rien, il faut parler franchement, juste à aller au bout du processus. Malheureusement, en France, il n’y a aucune aide pour construire ce type de bâtiment et la certification n’y change rien. De plus, la certification coûte relativement cher. Il faut compter 1500€ HT pour une maison de 150m².

6 thoughts on “Comment construire une maison Passive?

  1. En lisant l’article, une question m’intéressait, mais tu réponds déjà que tu n’as pas la réponse…. Quel est le surcoût par rapport à une construction RT2012? Quelle économie de chauffage réalise t on en plus aussi par rapport à une construction RT2012, déjà réputée très économe?

    1. Effectivement c’est compliqué de répondre. Il faudrait comparer avec une maison de 200m2 dans l’ancien et avec la RT2012. Il faut comprendre aussi que cela dépend de la température souhaitée. Enfin, il faut prendre en compte l’humidité de l’air. En effet, on a un air sec et sain. La chaleur indiquée est donc celle ressentie. Si tu as une plus vieille maison, tu n’auras pas le même ressenti car l’air y sera plus humide.
      J’ai discuté avec quelqu’un qui a rénové sa maison (elle n’est donc pas en RT2012). Il possède une véranda. Il paye 800€ pour 150m²/an. Cela ferait donc 1000€ par an. Sachant que le prix de l’énergie va augmenter. Si cela peut t’éclairer 😉

  2. Bonjour,

    Votre article est intéressant et bien documenté.

    Cependant, je pense que vous vous méprenez sur le rôle à jouer d’un architecte dans ce type de construction. Vous le limitez à la question du design, mais c’est un vision très réductrice de ce métier.
    La clé d’une construction responsable et durable ne passe pas uniquement pas les matériaux employés et les modes constructifs mis en oeuvre. Une conception éclairée en amont, prenant en compte vos habitudes de vie, l’environnement, le climat local, la disponibilités de ressources locales (materiels et humaines) etc. sont des paramètres bien plus impactants dans la reussite d’un projet passif que l’épaisseur d’isolant ou la compacité.

    Il y a bien d’autres moyen d’envisager la passivité de la construction que celle de faire une boite hyper isolée. On ne peut s’en tenir à appliquer systematiquement la même méthode. Chaque projet est différent. On ne construit pas de la même manière partout : dans le sud, sur un terrain en pente, en milieu urbain ou rural…

    Vous aurez compris que je suis architecte de formation. Ce corps de métier est en plein renouvellement et il y a des professionnels très pointus sur la question. Limiter ce métier à des questions esthétiques est extrêmement reducteur.
    Je me permets d’apporter cet éclairage à votre article qui est très intéressant car il casse pas mal d’idées reçues.

    1. Loin de moi de vouloir réduire votre métier à cela, même si, pour le commun des mortels, on passe par un architecte pour avoir une maison originale. Sinon on passe par un constructeur. Un architecte, selon moi, doit avoir une vision, doit savoir conseiller ses clients et savoir gérer un projet. Pour le mien, les 2 derniers critères n’étaient pas respectés. Cela ne pouvait donc pas fonctionner.

      Chaque projet est différent, je l’ai indiqué, d’où l’incapacité de dire le surcoût par exemple, cependant, il y a des critères à respecter et qui s’obtiennent par les paramètres que j’ai présentés. Par contre, il y a une chose que vous ne signalez pas, c’est le budget. J’ai indiqué également que l’on pouvait faire un plain pied ou des maisons avec des ouvertures au nord, ou encore avec du béton mais que cela coûterait beaucoup plus cher ou moins écologique… Un architecte doit aussi tenir un budget donné par ses clients. Encore une fois, le mien n’y faisait pas attention. Il a fallu « recompacter » la maison pour diminuer le coût. Revenir aux fondamentaux.

      L’architecte devra effectivement prêter attention au mode de vie des ses clients pour adapter la maison (contrairement à un constructeur où cela sera plus rigide). C’est pour cela que je n’ai pas mis les plans de ma maison car elle me correspond mais ne sera pas adaptée à d’autres personnes.

      Au final, on est d’accord sur ce que représente un architecte et j’ai bien traité les points que vous avez énoncés. Merci d’avoir lu et échangé sur l’article. N’hésitez pas à rebondir sur cet échange. Merci 😉

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